Audrée Wilhelmy, autrice québécoise finaliste aux Prix du Gouverneur général du Canada, présentera l’une des conférences plénières lors du colloque 2018 de l’ALCQ.

Femmes-territoires, espaces des pulsions

Dans Le corps des bêtes, l’enfant Mie devient loutre, grue, ours; elle apprend son corps et sa féminité en faisant siennes les caractéristiques des animaux qui l’entourent. Elle emprunte à la plage sa robe de sable et se projette dans la nature en espérant que celle-ci lui révèle le secret du « sexe des humains ». Sa mère, Noé, n’a besoin d’aucun mécanisme d’imagination pour retrouver un état primaire, elle est bête, elle est toute entière pulsion, érotisme, animalité. Elle s’avère, par sa sauvagerie et sa liberté primitive, un prolongement de la nature qu’elle habite et possède à la fois. Comme les terres qui entourent le phare habité par le clan Borya, elle reste insaisissable, sauvage, dangereuse.

Les femmes de mes romans ont cette caractéristique romantique, gothique, d’être en synergie complète avec leur environnement, voire d’en incarner les caractéristiques les plus fortes. Quand ce n’est pas la sauvagerie de la forêt ou de la haute mer, ce sont les bêtes de la ville qui viennent renforcer l’état sauvage de la féminité, autour de laquelle les hommes gravitent et se transforment.

À travers l’exploration des figures de Mie (Le corps des bêtes), Noé (Oss, Le corps des bêtes), Phélie Léanore et Lottä Istvan (Les sangs), je tenterai d’illustrer que, dans la fresque romanesque que je produis un livre à la fois, les femmes ne sont pas seulement celles par lesquelles l’érotisme advient, elles sont également celles par lesquelles la nature reprend ses droits.

À propos d’Audrée Wilhelmy

Audrée Wilhelmy est une écrivaine québécoise née à Cap-Rouge (Québec) qui habite à Montréal. Son premier roman, Oss(Leméac, 2011), a été finaliste aux Prix du Gouverneur général du Canada. Son deuxième roman, Les Sangs, a été publié chez Leméac en 2013, puis chez Grasset en 2015. Finaliste aux Prix des libraires du Québec, pour le prix France-Québec, pour le prix Marie-Claire du roman féminin et pour le prix des lecteurs de l’hebdo, il a remporté ex æquo le prix Sade 2015, qui souligne entre autres le caractère érotique et résolument moderne du roman. Son troisième roman, Le corps des bêtes, a été publié en août 2017 au Québec, et en mars 2018 en France. Il est finaliste au prix des collégiens. Elle a terminé, en décembre 2015, un doctorat en études et pratiques des arts à l’Université du Québec à Montréal. Elle se consacre désormais à l’écriture romanesque.